Le Magazine Littéraire

Tous les étés de Jacques Lacarrière
Un chef-d'œuvre, L'Été grec, rendit célèbre Jacques Lacarrière (1925-2005) en 1976. Il jeta les jeunes gens de ma génération sur les routes de la Grèce rendue à la démocratie. L'écrivain avait alors 51 ans. Il avait traduit admirablement de nombreux auteurs anciens (Sophocle, Hérodote, Pausanias...) et modernes (de Prévélakis à Séféris) et avait consacré aux Gnostiques une étude qui fait encore autorité. Son premier poème publié, L'Aurige, inspiré par la célèbre statue qu'on voit au musée de Delphes, parut l'année suivante chez Fata Morgana. La poésie de Jacques Lacarrière est sous-jacente à tout ce qu'il a pu écrire, où il n'y a pas trace de médiocrité. Avant de disparaître en 2005, il avait prévu de réunir ses poèmes sous un titre emprunté à une aquarelle de Paul Klee. La Grèce bien-aimée de Lacarrière n'est pas encore le "pays fertile" promis par ce titre: mais elle en est le plus sûr pressmentiment. Son attachement à l'héritage grec s'explique par le désir de tenir ensemble les contraires, de réunir le midi apollinien et le minuit dionysiaque, la raison et la déraison, l'épique et le prophétique. Pari tenu, pour la plus grande joie du lecteur qui découvrira aussi dans ces pages des inédits de grand prix.

J.-Y. M.
Le Magazine Littéraire, avril 2011